Rencontre avec Suzanne

Le 23 mars dernier, je rencontrais Suzanne, 90 ans, professeur de géographie à la retraite, grande voyageuse et créatrice du blog 60 ans de Vadrouille.

Je ne mets en ligne l’article que maintenant parce que je me suis un peu laissée surprendre par le temps qu’il faut pour retranscrire par écrit une interview qui a duré une heure, c’est le métier qui rentre!

 

Julie : Qu’est-ce que vous faites dans la vie ?

Suzanne : J’étais professeur d’histoire-géo, passionnée de voyages, photos, peinture, montagnes. Tout ca m’a poussé à voyager dans la mesure où j’ai pu et photographier d’abord parce que j’aimais ça et pour illustrer mes cours.

Et vous êtes allée où ?

Partout ! Priorité à l’Asie parce que cela m’attirait. Les programmes étaient surtout portés sur l’Europe et peu sur le reste du monde. Par conséquent, j’avais donc très envie de découvrir cette partie du monde. Mais aussi l’Amérique latine, j’allais où je pouvais selon les occasions.

Mon 1er voyage c’était LE voyage, à l’âge de 3 ans, pour aller voir ma famille dans le Dauphiné, et voir la montagne m’avait frappé. Ensuite, pendant la guerre, il n’était pas question de franchir les frontières. Ce n’est qu’une fois que les frontières se sont ouvertes en 1950 qu’il était possible d’élargir le champ.

Entre temps, je me suis mariée avec un passionné de voyages. Un jour, nous tombons sur une petite annonce de France Soir pour  la « Croisière des 3 continents », à un prix convenable. C’était un vieux rafiot grec. Il y avait les voyageurs de la classe cabine. Puis, les voyageurs sur le pont, et le fond de cale pour les étudiants. Les voyageurs des cabines méprisaient beaucoup ces derniers…

Le confort, n’en parlons pas ! Nous étions nourris de rognons, c’était le composant essentiel de notre repas. On couchait sur le pont mais les couples avaient la chance d’avoir une cabine, avec un hublot, pour six personnes.

Il y avait quatre escales : Malte, Alexandrie, Beyrouth et le Pyrée. Les escales étaient assez courtes, ce qui donnait juste le temps d’apercevoir ces pays. Pour les pyramides, nous étions bien tranquilles ! Le soir, on a éclairé le sphinx avec les phares du car et nous, les quelques récalcitrants, avons couru jusqu’à toucher les pyramides, sous les hurlements de nos compagnons de voyage qui avaient peur de manquer le music-hall ! C’était l’atmosphère de ce voyage.

Ensuite nous avons acheté une 4 CV pour faire l’Italie, l’Espagne, monter à la Sierra Nevada. J’ai eu une panne au milieu de la nuit, à 3000 mètres d’altitude, j’ai réussi à nettoyer le carburateur et faire repartir la voiture ! Et quand nous sommes rentrés, le moteur tenait par une seule vis.

Dans les années 60, les choses ont un peu changé. Mon mari ne pouvait voyager pendant un moment, il m’a donc encouragé à voyager avec des collègues. Nous étions un petit groupe de professeurs d’histoire et de géographie à faire des voyages. Des collègues dévoués prenaient le temps d’organiser des voyages en fonction de nos intérêts. Le 1er, c’était en 64 et c’était l ‘Asie Centrale soviétique c’est-à-dire le Turkménistan, l’Ouzbékistan et la traversée du Caucase. Cette région venait de s’ouvrir, les gens n’avaient jamais vu de touristes. C’était absolument passionnant ! A partir de ce moment-là, j’ai beaucoup voyagé avec eux. Notamment en Iran et Irak en 68. Avec une amie, nous avions demandé à prolonger le voyage pour rester 15 jours de plus. A Ispahan, nous avons passé 2 jours à errer dans le bazar, c’était magnifique. Puis, nous sommes allées à Mechhed grâce à quelques tuyaux qu’on nous avait donné. On nous avait prêté des tchadors pour aller jusqu’au Tombeau de l’Imam…

Nous sommes allés au Mexique, au Pérou.

En 77, nous sommes allés en Indonésie, au moment où c’était tranquille, à Bali. D’abord, au bord de la mer, à Sanur. Puis, à Ubud, où nous sommes arrivés le soir, dans une sorte de grange, où il n’y avait que des bougies pour nous éclairer. Nous avons eu droit à la danse Kecak, c’était absolument éblouissant. Là où nous dormions était le palais d’un roi, qui louait diverses parties de son palais. Comme nous parlions quelques mots d’anglais, il est venu bavarder avec nous si bien qu’il nous a emmené voir la ville en nous donnant plein d’explications. Enfin, nous sommes allés dans les rizières, il n’y avait personne ! J’y suis retourné en 93, avec mon mari. Je voulais revoir tous ces endroits que j’avais tant aimé. A Sanur, nous étions sensiblement logés dans les même conditions même si l’hôtel avait beaucoup changé. C’était encore agréable. Pour aller vers l’intérieur du pays, Ubud, nous avons traversé la ville en taxi, avec une circulation tellement folle ! Ce n’était plus ça du tout… Tout avait beaucoup évolué. Je voulais revoir aussi les belles rizières, le taxi nous y emmène pour finalement arriver sur un immense parking avec plein d’autocar ! Je me suis dit c’est pas possible, je veux pas voir ça ! Heureusement, le lendemain, le taxi nous a emmené dans la montagne avec de beaux paysages, il n’y avait personne. C’est malheureux de voir à quel point les touristes sont agglomérés au même endroit.

Comment vous est venu l’idée du blog ?

J’ai des quantités astronomiques de photos, je ne sais plus quoi en faire ! Tout est scanné, trié et classé selon les pays, avec des informations sur les pays concernés. Je les montrais à mes proches qui n’arrêtaient pas de me dire que ça pourrait être utile à plein de gens. Alors, c’est ma petite fille, passionnée de photos et doctorante en histoire, qui en parlant avec ses amis, a eu l’idée de me faire faire un blog. Elle m’a montré une fois comment faire et depuis je me débrouille… Mais du coup, je ne sais pas comment partager les dossiers qui contiennent beaucoup d’informations, c’est pas pratique à partager sur internet.

Est-ce que votre manière de voyager a évolué avec le temps ?

On a voyagé un peu de toutes les façons. En groupe avec les collègues, qui ont vieilli en même temps que moi… Pour l’inconfort, on en a connu, et beaucoup ! Au sud de Madagascar, dans les années 80, nous étions une vingtaine, il a fallu diviser le groupe en 2 parce que nous n’aurions pas pu être logés au même endroit. Et dans l’endroit où nous dormions, les lits étaient tellement abimés que certains mettaient des tableaux en-dessous du matelas pour le tenir !

Au Pérou, en 75, on devait faire la traversée depuis l’Amazonie jusqu’à Huancayo, où se tenait la fête nationale. Pour ça, il fallait traverser la Cordillère des Andes et donc monter jusqu’à 5000 mètres d’altitude. Nous avions donc prévu de partit à 9h du matin en car. Seulement, à 9h, le car n’était pas là, il est arrivé à 15h ! Quand on est arrivé sur les sommets, il faisait nuit… On a donc fait un arrêt à 5000 mètres d’altitude, avec un clair de lune magnifique, je m’en rappellerai toujours et un froid ! On est donc arrivé à destination à 6h le lendemain. Vu l’affluence des jours de fête, les gens avaient donc cédé nos chambres à d’autres voyageurs. Mais comme ils pouvaient pas nous laisser comme ça, ils ont fait lever les indiens pour nous coucher. Ils avaient plus de drap, ils sont allés en acheter mais il n’y en avait pas assez, ils ont donc changé un drap sur deux. Entassés à 6 par chambres !

Ce n’était pas le tourisme de masse d’aujourd’hui. Par exemple, il y avait beaucoup de grands hôtels, des resorts, mais ce n’était pas trop ce qu’on cherchait.

Nous avons fait l’Inde et le Népal en deux mois et demi, en 88. Comme j’avais déjà été en Inde du Nord et en Inde du Sud avec le groupe de professeurs, j’ai établi mon programme en fonction de ce que je connaissais et bien sur de ce que je ne connaissais pas, que je voulais voir. Nous avons donc pris un abonnement de train, avec un système de réservation. Les noms des gens qui ont réservé leurs places sont donc affichés sur les wagons. Donc, il faut chercher son nom sur les wagons. Et quand on a trouvé, le train s’en va ! On a donc grimpé dans le train alors qu’il était en marche, presque sauté par-dessus les gens ! Les gens sont tellement gentils en Inde, extrêmement accueillants…

On a pris tous les moyens de transport, de l’avion au vélo, le char à bœufs, l’éléphant, le chameau, les cars locaux, tout ce qu’on veut… Tous les moyens de transport sont fort sympathiques.

Ce serait quoi votre meilleur souvenir de voyage ?

Je ne fais pas de hiérarchie, ils étaient tous bien !

Et le pire ?

Je n’en ai pas… Pas de mauvais souvenirs

C’est merveilleux ça ! Quel serait le pays que vous avez trouvé le plus accueillant ?

L’Asie du Sud-Est et l’Inde sont remarquables de ce point de vue là… Mais je n’ai jamais été mal accueillie. Par exemple, en Amérique du Sud, les Indiens sont juste plus réservés donc ce n’est pas pareil… Je me rappelle, au Chiapas, on nous avait dit de faire attention aux photos, ils n’aiment pas trop être photographiés, etc… Et bien, avec des sourires tout passe. Il ne faut pas être agressif et cela se passe très bien… C’est sur que quand un essaim de photographes se rue sur les gens, c’est impressionnant ! De toute façon, je n’aime pas faire poser les gens, j’attends toujours que le groupe est parti… Même si je ne demande pas l’autorisation pour prendre une photo, j’essaie toujours d’établir un premier contact…

Même si je ne suis pas très douée pour les langues ! J’ai d’ailleurs des souvenirs de longues discussions avec des gens alors qu’on ne parlait pas du tout la même langue, juste quelques mots d’anglais… Et pourtant il y avait un contact !

Et vous avez l’habitude de voyager avec des guides ?

On partait souvent avec les guides Lonely Planet, en anglais mais tout de même très bon… Et puis, avec les guides qu’on trouvait à l’époque.


Vous pouvez également retrouver Suzanne sur le blog Evasions de Corinne Bourbeillon.

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2 réflexions sur “Rencontre avec Suzanne

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